Chaise cannée ancienne : le bâti d'abord, le cannage ensuite

Le tissage est ce qu'on regarde en premier et ce qui compte le moins : il se refait. Le bâti, lui, ne se refait pas — et c'est lui qui décide si la chaise mérite l'intervention.

Une chaise cannée n'est pas une chaise à laquelle on a ajouté un cannage. Elle a été conçue pour cela : la ceinture d'assise est percée ou rainurée dès la fabrication, les bois sont plus fins que sur un siège garni, et l'ensemble tient par la géométrie plutôt que par la masse.

C'est pourquoi l'ordre d'examen est toujours le même. Un cannage rompu sur un bâti sain est un chantier ; un cannage neuf sur un bâti désassemblé est un problème repoussé.

Ce que le bâti doit montrer

Erreur classique : juger une chaise assise. Il faut la retourner, l'incliner, la poser sur ses quatre pieds sur un sol plat et pousser latéralement le dossier.

Louis XV, Louis XVI, ou de style

Les deux formes couvrent l'essentiel des recherches, et elles se distinguent sans hésitation possible.

Forme Louis XVForme Louis XVI
Ligne généralecourbe, mouvement continudroite, géométrie stable
Piedscambrés, sans entretoisefuselés, droits, souvent cannelés
Dossieren cabriolet, légèrement incurvéplat, médaillon, carré ou en lyre
Raccord pied-ceinturefondu, sans rupturemarqué par un dé carré
Décorcoquilles, fleurettes, asymétrierubans, perles, cannelures, symétrie

Ces descriptions valent pour la forme. Elles ne disent rien de la date de fabrication : une chaise de style Louis XV reprend la ligne et peut avoir été faite hier, ce que la mention indique honnêtement. La distinction entre d'époque, de style et dans le goût de, et les indices qui permettent de trancher, sont détaillés sur la page consacrée aux sièges de style ancien.

Le cannage : ce qu'il ajoute et ce qu'il ne prouve pas

Un cannage se refait, donc il ne date pas la chaise. Il renseigne en revanche sur l'entretien qu'elle a reçu, et sur ce qui reste à faire.

La technique employée se lit au pourtour de l'assise : des trous percés signent un travail à la main, une rainure continue avec une baguette signe une feuille prétissée. Les conséquences — réparabilité, régularité de la maille, temps de travail — sont développées sur la page consacrée au cannage de chaise.

Ce qu'il faut regarder : un cannage à la feuille posé sur une ceinture percée de trous. La combinaison est contradictoire : elle indique que le siège, prévu pour un travail à la main, a été refait au plus court, et que les trous d'origine ont été bouchés ou masqués.

Ce qui creuse l'écart entre deux chaises cannées

La question revient sans cesse et n'appelle pas un chiffre : un montant recopié serait faux la saison suivante, et un montant estimé serait faux tout de suite. Elle appelle des variables, par ordre de poids.

Autrement dit : ce que vous payez, c'est ce que vous n'aurez pas à refaire. Une chaise à cannage rompu mais bâti impeccable peut être un meilleur point de départ qu'une chaise entièrement remise à neuf sur une structure fatiguée.

Vivre avec une chaise cannée

L'assise cannée supporte un poids réparti et déteste un poids ponctuel. S'y agenouiller, y monter ou y poser un objet lourd sur une petite surface sont les trois causes de rupture les plus courantes.

Le reste tient à l'air ambiant : un brin sec casse, un brin légèrement humide plie. Un dépoussiérage à la brosse souple dans le sens des mailles suffit à l'entretien courant. Évitez les produits filmogènes, vernis ou cire, qui rigidifient le tissage. Testez toujours sur une zone cachée avant de traiter l'ensemble, et suivez la notice du fabricant.

Les autres guides de la rubrique chaises et chaises pliantes posent des questions voisines : la chaise pliante de salle à manger sur la tenue d'un bâti articulé, la chaise de jardin en fer peint sur la protection d'une structure exposée.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui fait la valeur d'une chaise cannée ancienne ?

Cinq variables, dans cet ordre : l'état du bâti et de ses assemblages, le fait que la chaise soit d'époque ou de style, l'unité de la suite — une chaise isolée, une paire, une série —, la technique et la fraîcheur du cannage, enfin la qualité de la sculpture et de la finition. L'état du bâti domine parce que c'est le seul poste qui ne se rattrape pas.

Comment reconnaître une chaise cannée Louis XV ?

Par la courbe. Les pieds sont cambrés et dépourvus d'entretoise, le dossier est en cabriolet, légèrement incurvé pour épouser le dos, et le raccord entre le pied et la ceinture se fait sans rupture. Une forme Louis XVI, à l'inverse, est droite : pieds fuselés souvent cannelés, dossier plat, et un dé carré à la jonction du pied et de la ceinture.

Faut-il refaire le cannage avant d'acheter ou après ?

Après, et en connaissance de cause. Un cannage rompu est un travail identifié, chiffrable par un professionnel et sans conséquence sur le reste de la chaise. Un bâti désassemblé, une ceinture fendue ou des pieds raccourcis sont des problèmes structurels, et un cannage neuf posé dessus ne fait que les masquer.

Une chaise cannée est-elle solide ?

Oui, pour un usage assis normal, et son bâti fin est calculé pour cela. Elle devient fragile dès que la charge cesse d'être répartie : s'agenouiller sur l'assise, y monter pour atteindre une étagère ou y poser un objet lourd à petite surface concentre l'effort sur quelques brins, qui rompent. La ceinture percée est l'autre point sensible, la fente partant volontiers d'un trou.

Que signifie « chaise de style Louis XV » ?

Que la chaise reprend la forme de cette période, sans prétendre en dater. C'est une mention honnête et une information de date : elle indique une fabrication postérieure, parfois très récente. Pour trancher, il faut regarder les assemblages, les traces d'outil sous l'assise et la répartition de l'usure, et non la seule silhouette.