Cannage de chaise : reconnaître un travail à la main d'une feuille
Un seul détail sépare les deux techniques, et il se voit sans retourner la chaise : le pourtour de l'assise est percé de trous, ou creusé d'une rainure continue.
Le cannage est un tissage de lanières tirées de l'écorce du rotin, tendu sur le bâti d'une assise ou d'un dossier. Il existe en deux techniques qui n'ont ni le même prix de revient, ni la même réparabilité, ni la même durée de vie.
Et la distinction est immédiate : des trous, c'est de la main ; une rainure, c'est une feuille. Tout le reste découle de là.
Les deux techniques, en clair
| Cannage à la main | Cannage à la feuille | |
|---|---|---|
| Fixation | brins passés un à un dans des trous percés | feuille prétissée posée dans une rainure |
| Bordure | un brin de bordure cousu par-dessus les trous | une baguette ou un jonc collé dans la rainure |
| Motif | mailles légèrement irrégulières, resserrées aux angles | maillage parfaitement régulier partout |
| Réparation | quelques brins peuvent parfois être repris | la feuille se remplace en entier |
| Temps de travail | long, entièrement manuel | court, mise en place seulement |
| Se voit à | l'alignement des trous sur le pourtour | la ligne continue de la baguette |
Ce qu'il faut regarder : le pourtour de l'assise, sur la face supérieure. Une ligne de petits trous réguliers, même partiellement masqués par un brin de bordure, signe un travail à la main. Une baguette continue, demi-ronde, qui suit le contour sans interruption, signe une feuille.
Comment se fait un cannage à la main
Les brins sont passés successivement dans les trous percés autour de l'assise, dans un ordre fixe : d'abord des passages verticaux, puis horizontaux, puis à nouveau verticaux entrelacés, enfin deux passages en diagonale qui se croisent. Le motif octogonal caractéristique apparaît à ce moment-là, et pas avant.
Un dernier brin, plus large, est cousu sur le pourtour pour couvrir les trous. C'est lui qui explique la double appellation : on parle de cannage à six brins quand on compte les passages de tissage, et à sept quand on y ajoute la bordure.
- Le sens du travail compte. Les brins doivent être posés côté brillant de l'écorce vers le haut, ce qui se voit en lumière rasante.
- Les angles sont le point difficile. Sur un siège trapézoïdal, les mailles se resserrent vers l'arrière, et c'est cette irrégularité maîtrisée qui distingue un bon travail d'un mauvais.
- La tension se fait par l'humidité. Les brins sont travaillés humides et se tendent en séchant.
Quand un cannage doit être refait
Un cannage vit longtemps s'il est employé pour ce à quoi il sert : s'asseoir, assis.
- L'affaissement seul n'est pas toujours rédhibitoire. Un cannage détendu par la sécheresse peut se retendre en humidifiant légèrement le dessous puis en laissant sécher à plat, sans chauffage direct.
- Les brins rompus ne se recollent pas. Sur un travail à la main, un professionnel peut parfois reprendre une zone ; sur une feuille, la rupture impose le remplacement complet.
- Le noircissement et la friabilité indiquent une matière en fin de vie : le brin casse sous l'ongle au lieu de plier.
- La rainure ouverte autour d'une feuille — baguette décollée, jonc qui se soulève — signale qu'elle ne tient plus, même si le tissage paraît sain.
Ce qui use la pièce : s'agenouiller ou monter sur une assise cannée, poser une charge ponctuelle lourde, et l'air très sec d'une pièce chauffée. Les trois produisent le même effet, l'un brutalement, l'autre lentement.
Rotin, jonc, résine : ne pas confondre
Le cannage désigne le tissage lui-même. Le rotin est la plante dont l'écorce fournit les brins et dont la moelle sert à la vannerie. Un siège dont l'assise est cannée n'est donc pas une « chaise en rotin » : le bâti est presque toujours en bois massif, et seule l'assise est en rotin.
Les imitations en résine ou en papier tressé existent aussi. Elles se reconnaissent au toucher — froid et uniforme, contre une surface fibreuse qui accroche légèrement — et à la maille, rigoureusement identique d'un bout à l'autre, y compris dans les angles.
Le détail de ce que ce travail apporte à un siège ancien, et de ce qui fait la valeur d'une pièce, est traité sur la page consacrée à la chaise cannée, qui prend la question du côté du meuble plutôt que de la technique.
Entretenir un cannage
Le dépoussiérage régulier, à la brosse souple et dans le sens des mailles, est l'essentiel. L'humidité modérée entretient la souplesse du brin ; la sécheresse prolongée le casse.
Ce qu'il faut éviter : le détrempage, qui détend durablement, et tout produit filmogène, vernis ou cire, qui rigidifie le brin et le fait rompre au premier fléchissement. Testez toujours sur une zone cachée avant de traiter l'ensemble, et suivez la notice du fabricant.
La rubrique chaises et chaises pliantes regroupe les autres guides de la famille, du siège de jardin en fer peint aux chaises pliantes en bois et aux sièges du registre marin, dont les assises répondent à d'autres contraintes.
Questions fréquentes
Comment reconnaître un cannage fait main d'un cannage machine ?
Regardez le pourtour de l'assise. Un cannage à la main passe dans des trous percés un à un, visibles en ligne régulière et souvent recouverts d'un brin de bordure cousu. Un cannage à la feuille est posé dans une rainure continue et maintenu par une baguette demi-ronde collée. Le maillage aide aussi : parfaitement régulier partout sur une feuille, légèrement resserré dans les angles sur un travail manuel.
Un cannage abîmé se répare-t-il ?
Cela dépend de la technique. Sur un cannage à la main, une zone limitée peut parfois être reprise, brin par brin, par un professionnel. Sur une feuille prétissée, la réparation locale n'existe pas : la feuille se retire entièrement et se remplace. Un cannage seulement détendu, sans brin rompu, est un cas différent et se retend souvent.
Peut-on retendre une assise cannée soi-même ?
Un affaissement dû à la sécheresse se corrige parfois en humidifiant légèrement le dessous de l'assise, puis en laissant sécher à plat, à l'abri d'une source de chaleur. Cela ne fonctionne que si aucun brin n'est rompu. Un détrempage, à l'inverse, détend durablement la matière : l'excès d'eau est ici plus dangereux que son absence.
Qu'est-ce que le cannage à sept brins ?
C'est le cannage traditionnel à la main, nommé d'après le nombre de brins employés. Le tissage proprement dit demande six passages — verticaux, horizontaux, verticaux entrelacés, puis deux diagonales croisées — auxquels s'ajoute un septième brin, plus large, cousu en bordure pour masquer les trous. Selon qu'on compte ou non cette bordure, on parle de six ou de sept brins.
Une chaise cannée est-elle une chaise en rotin ?
Non, et la confusion est fréquente. Le rotin fournit la matière du tissage, mais le bâti d'une chaise cannée est presque toujours en bois massif : seule l'assise, et parfois le dossier, sont cannés. Une chaise en rotin désigne au contraire un siège dont la structure elle-même est en rotin cintré.